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Une ancienne place forte au Châtelard ?
Le cimetière de Vauxrenard est adossé à une colline culminant à 617 mètres, appelée le Châtelard. Ce toponyme, fréquent dans plusieurs régions françaises, évoque généralement la présence ancienne d’un château, d’une fortification ou d’un site défensif. Sa position dominante offre une vue remarquable vers l’est sur la vallée de la Mauvaise, ce qui en faisait un emplacement stratégique pour la surveillance des environs.
Les observations de Claudius Savoye
À la fin du XIXᵉ siècle, Claudius Savoye (1856-1908), instituteur à Odenas et passionné d’archéologie, explora le sommet du Châtelard. Il en donne la description suivante :
« Une colline à sommet conique, reliée au mont des Alloigners (806 mètres), par une sorte d’étranglement ou isthme, porte aussi à Vauxrenard le nom de Châtelard. Le petit plateau qu’offre le sommet, d’une surface approximative de 4000 mètres carrés, est défendu naturellement au sud, à l’est et au nord-est, par la raideur de ses pentes ; au nord-ouest et à l’ouest, du côté de l’isthme, était le point faible, c’est là qu’il fallait élever un mur. Construit en pierres et en terre et couvert de genêts, il subsiste encore sur une longueur d’environ 65 mètres, avec une hauteur moyenne de 1m20. Ce lieu formait un excellent observatoire, non pas précisément pour admirer le paysage, mais avant tout pour surveiller le vaste cirque du bassin de la Mauvaise, et par-delà les collines de Chénas et de Juliénas, la vallée de la Saône.«
Cette description correspond remarquablement à un site naturellement défendu, dont le seul accès facile se situe au niveau de l’isthme reliant la colline au reste du relief.
L’apport du LIDAR
Le LIDAR (Light Detection And Ranging) est une technique de télédétection aéroportée utilisant un faisceau laser pour mesurer très précisément le relief du sol. En éliminant virtuellement la couverture végétale, cette technologie permet de révéler des structures aujourd’hui invisibles à l’œil nu.
Les modèles numériques de terrain produits par l’IGN montrent ainsi, au sommet du Châtelard, une anomalie topographique particulièrement intéressante : une plateforme d’environ 65 mètres de longueur pour 30 mètres de largeur, délimitée par ce qui semble être un fossé accompagné d’un léger talus périphérique. Cette structure correspond, de manière étonnante, aux dimensions du rempart décrit plus d’un siècle auparavant par Claudius Savoye.

Relevé topographique LIDAR du Châtelard sur Vauxrenard
Un possible oppidum ?
La configuration du Châtelard évoque celle d’un oppidum, nom donné par les auteurs romains aux grandes places fortes de la fin de l’âge du Fer. Ces établissements étaient généralement implantés sur des hauteurs bénéficiant de défenses naturelles et complétées par des remparts ou des fossés.
Cette anomalie topographique est à comparer à celle de l’oppidum attesté du lieu-dit Le Châtelard à Monsols (Deux-Grosnes) dont les dimensions sont comparables : diamètre extérieur de 66 m et diamètre intérieur de 27 m, visible ci-dessous :

Relevé topographique LIDAR de l’oppidum du Châtelard de Monsols
Aucune fouille archéologique n’a cependant permis, à ce jour, de confirmer cette hypothèse. Les vestiges signalés par Claudius Savoye ne sont plus visibles sur le terrain, probablement en raison de l’érosion, des travaux forestiers ou de l’évolution de la végétation. Les techniques modernes offrent toutefois un regard nouveau sur le site.
La mémoire locale
Savoye rapporte également un témoignage recueilli auprès des habitants :
« Les vieilles gens du pays prétendent que « du temps des grandes guerres », les habitants de Vauxrenard se sont retirés au Châtelard. Nous n’avons pu obtenir aucun autre renseignement au sujet de ce lieu fortifié. À part quelques fragments de vases à pâte grisâtre bien cuite, nous n’avons recueilli aucun objet qui pût nous éclairer sur l’époque approximative de la construction de l’enceinte. Le sol, bouleversé en maints endroits, paraît avoir été fouillé très anciennement, sans doute par les chercheurs de trésors. »
Même si cette tradition orale ne constitue pas une preuve historique, elle témoigne de la persistance, dans la mémoire collective, du souvenir d’un refuge fortifié.
Le « chemin des dalles »
Un autre élément mérite d’être signalé. Depuis le Châtelard, un ancien sentier rejoignait le lieu-dit Pierre Bully, au nord. Les habitants le connaissaient sous le nom de « chemin des dalles », en raison de son revêtement pierreux qui évoquait, pour certains, une ancienne voie antique.
Il est aujourd’hui difficile d’en apprécier l’origine, car ce chemin a été presque entièrement détruit lors des exploitations forestières ayant accompagné la coupe rase réalisée entre ces deux secteurs. La disparition de cet aménagement constitue une perte regrettable pour le patrimoine local.
Un faisceau d’indices
Pris isolément, aucun des éléments observés ne permet d’affirmer avec certitude qu’une fortification existait au sommet du Châtelard. En revanche, leur convergence est remarquable :
- le toponyme Châtelard, évocateur d’un site fortifié ;
- une position naturellement défensive ;
- la description précise d’un rempart par Claudius Savoye au XIXᵉ siècle
- les anomalies de relief révélées aujourd’hui par le LIDAR ;
- la tradition orale évoquant un refuge des habitants ;
- la découverte ancienne de fragments de céramique ;
- la présence d’un ancien chemin empierré conduisant au site.
Sans constituer une démonstration archéologique, ce faisceau d’indices rend l’hypothèse d’une ancienne place forte particulièrement crédible.
Seules des investigations archéologiques, associant relevés topographiques, prospections géophysiques et, le cas échéant, quelques sondages ciblés, permettraient de déterminer la nature exacte de ces aménagements, leur datation et leur fonction. Le Châtelard pourrait ainsi révéler une page encore largement méconnue de l’histoire ancienne de Vauxrenard.

Vue hypothétique d’un oppidum gaulois créé par IA
Daniel Mathieu, juillet 2026