La forêt

La forêt

En France, les forêts représentent un puits de carbone de l’ordre de 65 à 87 millions de tonnes de CO2 par an selon les estimations (MTES, 2018a), soit environ 20% des émissions de CO2 annuelles. C’est considérable ! Il importe donc d’en assurer une gestion durable et intelligente afin qu’elles puissent jouer pleinement ce rôle bénéfique, essentiel également pour la protection de la biodiversité.

Dans le Haut-Beaujolais la forêt occupe une surface de plus en plus importante en raison de la déprise agricole et du vignoble sur les terres les plus difficiles à travailler. Sur la commune de Vauxrenard la surface forestière est passée de 200 ha au début du 19ème siècle à près de 1200 ha aujourd’hui. Elle constitue donc un élément majeur dans le paysage et son impact climatique est très important.

La forêt est un gigantesque capteur solaire qui stocke le carbone du CO2 atmosphérique dans son bois, ses racines et sa litière. Compte tenu des surfaces en jeu, ce stockage, est très important. Il dépend principalement de l’âge de la forêt et peut totaliser 300 t de carbone par ha dans une forêt ancienne, ce qui est considérable. Cette accumulation est négative lorsque la forêt s’installe en raison des perturbations du milieu suite à une coupe rase, elle est maximale pour une forêt en pleine croissance et ralentit lorsque la forêt vieillit (quelques centaines d’années).

La couverture forestière joue par ailleurs un rôle très important comme régulateur des précipitations en ralentissant l’écoulement de l’eau et en facilitant son stockage souterrain.

Son exploitation

L’exploitation de la forêt vise à satisfaire deux types de  besoins : le bois énergie et le bois matériau.

Le bois d’œuvre constitue l’usage « noble » de la forêt. Son impact climatique est positif car le carbone est immobilisé dans la matière. Sa capacité de stockage dépend de la durée d’usage des matériaux : long pour une charpente, court pour des palettes, très court pour du papier.

Le bois énergie est souvent considéré comme une source d’énergie renouvelable. C’est  vrai à long terme quand la forêt s’est reconstituée. Mais à court terme c’est inexact car il faut plusieurs dizaines d’années pour reconstituer le stock de carbone. Comme par ailleurs la combustion du bois pour le chauffage émet à chaleur égale nettement plus de CO2 que les combustibles fossiles qu’il est censé remplacer, on doit considérer qu’à une échelle de quelques dizaines d’années, le bois combustible est une source productrice de gaz à effet de serre.

Taillis coupé à blanc pour être transformé en plaquettes

Des précautions

Il est cependant possible de nuancer cet état de fait en prenant quelques précautions dans l’exploitation du bois énergie :

  • ne jamais exploiter une forêt trop jeune. On récolte peu de bois et on retarde considérablement sa capacité à stocker à nouveau du carbone. Par ailleurs l’exportation des bois jeunes et des rameaux (déchiquetage pour faire des plaquettes) entraîne une perte importante d’éléments minéraux qui ralentira la reconstitution du couvert forestier,
  • ne jamais faire de coupe à blanc, sauf cas exceptionnel (chablis créés lors d’une tempête, reconversion…), car cette pratique bouleverse considérablement le milieu forestier qui aura de la difficulté à se reconstituer rapidement et relarguera des quantités importantes de carbone stocké dans le sol (racines et litière contiennent plus de carbone que la partie aérienne des arbres !),
  • privilégier les coupes sélectives d’amélioration qui maintiennent le couvert forestier, améliorent la production de bois de qualité utilisable en bois d’œuvre, facilite la régénération naturelle et renforce la résistance aux aléas atmosphériques (sécheresses, tempêtes),
  • réserver le bois énergie à l’exploitation des ressources dites fatales : chablis suite à une tempête, coupes en éclaircie, branches non utilisables en bois d’oeuvre, renouvellent des haies de haute taille…
  • en cas de reboisement, ne pas replanter une seule essence. Une forêt mono spécifique est fragile et surtout risque ne pas tenir le choc des changements climatiques à venir. Une forêt mixte est toujours beaucoup plus résiliente.

Ces conseils sont ceux des organismes certificateurs comme PEFC (forêt durable) ou de ProSylva.

On les trouve déjà dans un ouvrage datant de 1934 : « Les forêts du département du Rhône » de J. Sornay, qui conclue son ouvrage de la façon suivante : « Il est recommandé, sauf exceptions justifiées par des conditions locales spéciales, d’abandonner le système des coupes rases et de substituer à ces dernières une succession de coupes, d’éclaircies d’abord, de régénération ensuite, de façon à reconstituer la forêt, autant que possible par semis naturels. »

Coupe rase d’une jeune forêt sur la commune de Vauxrenard

Il est dommage de constater que c’est le contraire de ces recommandations qui est réalisé dans l’exploitation actuelle de nombreuses parcelles forestières.

Références

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