Fauche tardive et raisonnée

Le fauchage tardif et raisonné de la voirie à Vauxrenard

Bord de route en fauche tardive

Le saviez-vous ?

Au niveau national le réseau routier dépasse le million de kms. Les talus et accotements représentent une surface de près de 4 000 km² (400 000 hectares), plus que tous les parcs nationaux de la métropole réunis ! De ce fait, la gestion de ces espaces a un coût élevé et son impact sur la biodiversité est très important.

Depuis la fin des années 70, le fauchage mécanique des bords de routes s’est systématisé et s’est progressivement étendu du centre des villes jusqu’à nos campagnes.

Réalisé à l’aide de broyeurs à fléaux (les épareuses), ce fauchage doit plutôt être qualifié de broyage. Il est très néfaste à l’environnement car il détruit intégralement la faune sur son passage, contrairement au fauchage à la barre de coupe réalisé jadis.

Jusqu’à récemment, cette pratique n’a presque jamais fait l’objet d’une réflexion à la fois sur le plan économique et  sur le plan écologique par les collectivités en charge de l’entretien des routes.

Mais les choses commencent à évoluer avec la mise en place du fauchage tardif et raisonné, comme cela se pratique à Vauxrenard depuis 3 ans.

Fauchage tardif

Cette pratique a pour objet de ne broyer la végétation qu’après la pleine fructification des plantes afin de permettre à celles-ci de grainer et de se reproduire. Avant cette intervention il est donc recommandé d’observer une maturité complète des végétaux afin de préserver la floraison l’année suivante. En principe cette intervention a lieu fin juillet, début août.

Afin d’assurer la sécurité routière, une fauche limitée à l’aplat de la chaussée, est pratiquée courant juin, avec des interventions sur la pente des talus dans les virages intérieurs pour ne pas gêner la visibilité.

Fauchage raisonné

Cette pratique vise à faucher uniquement ce qui est nécessaire à l’entretien des talus et à la bonne visibilité routière. Ainsi, seul l’aplat routier est fauché en début de saison, et en arrière saison, un seul fauchage est pratiqué en 1 passage de la machine sur la hauteur du talus. Dans tous les cas un réglage de la hauteur de coupe d’un minimum de 10 centimètres maintient un enracinement du talus.

Il est en effet totalement inutile de broyer la végétation sur toute la hauteur de la pente : la végétation la plus en hauteur ne gêne absolument pas la visibilité, elle participe à la solidité du talus en favorisant les petits ligneux et sert de réserve de biodiversité pour la faune, notamment pour les oiseaux.

Concernant les fossés, l’expérience a montré que l’herbe dans les fossés ne gêne pas l’écoulement de l’eau, mais qu’au contraire elle la ralentit et évite l’érosion des canaux. Elle ne doit pas être coupée plus d’une fois par an en fin de saison.

Avantages sur le plan économique

Traditionnellement, le fauchage des abords routiers s’effectue en trois passages : printemps, été et automne, sur toute la hauteur du talus.

Le fauchage tardif et raisonné permet de réduire à un seul passage à plat au printemps et une fauche automnale sur une partie basse des talus.

Le gain en terme de temps, d’énergie et d’usure des matériels est de plus 60 %, soit près de trois fois moins de temps pour le conducteur d’engin et trois fois moins de gasoil consommé. C’est considérable !

Avantages sur l’entretien des pentes et fossés

Le maintien de la végétation pérenne (petits ligneux) sur la partie supérieure des talus évite à ceux-ci de s’effondrer en cas de grosses pluies d’orage et le fauchage limité des fossés limite leur creusement lors des fortes pluies et ralentit l’écoulement de l’eau vers l’aval.

Avantages écologiques

Vous l’avez certainement remarqué sur Vauxrenard, la fauche tardive et raisonnée a permis, en seulement 3 ans, une explosion de fleurs printanières et estivales que nous ne connaissions plus.

Le relevé détaillé des fleurs que nous avons fait le long des talus indique la réapparition et la multiplication de plantes qui étaient devenues très rares.

Des exemples :

  • le Bleuet qui avait pratiquement disparu sur la commune, est revenu en force sur les portions de route où ne subsistaient que quelques reliques,
  • la Nielle des blés, notée “disparue” sur le département du Rhône en raison de l’usage d’herbicides, présente désormais une très belle station à la sortie du Bourg de Vauxrenard en allant sur les Brigands,
  • plus remarquable encore, nous avons noté la présence de trois espèces différentes de coquelicots le long des talus : le Grand Coquelicot connu de tous et très abondant, le Coquelicot douteux, plus discret et plus orangé, avant le grand virage des Larges, le Coquelicot argémone en bordure du champ de céréales cultivé en bio en dessous de Vareille. Incroyable !

Grand coquelicot

Coquelicot argemone

Nielle des blés

Bleuet

Au delà de la réapparition de ces plantes et de l’abondance des fleurs : plus de 50 espèces à fleurs ont été répertoriées entre le Bourg de Vauxrenard et le bois des Brigands ! Ce sont les insectes pollinisateurs, notamment les abeilles, qui bénéficient de cette explosion florale indispensable à leur survie (voir la liste de fleurs qui ont été relevées), notamment après la fauche des foins dans les près.

A cela s’ajoute la possibilité pour ces insectes, comme pour les autres petits animaux (reptiles, batraciens, hérissons, etc.) de se reproduire en toute tranquillité sans qu’une épareuse vienne les broyer intégralement au milieu de l’été.

Conclusion

Il n’y a donc “pas photo”, comme l’on dit, entre le traitement traditionnel des abords routiers et le fauchage tardif et raisonné :

  • les gains en terme de main d’oeuvre, de consommation de gasoil et d’usure de matériel, donc d’économies et de pollution, sont très importants,
  • les avantages liés au maintien et à l’entretien des talus et des fossés largement prouvés,
  • les bénéfices en matière d’environnement et de biodiversité, considérables…

Comment se fait-il que cette pratique ne soit pas adoptée par toutes les collectivités ?

Des réflexions en cours…

Ne plus utiliser d’épareuses !

Des collectivités s’interrogent actuellement sur la pratique elle même du fauchage en remettant en causes deux aspects importants de cette pratique :

D’une part l’utilisation de l’épareuse (broyeur à marteaux) qui “stérilise” la vie animale là où elle passe en raison de son mode d’action qui pulvérise la végétation et la faune qui y habite. Une alternative est l’utilisation de barres de coupe ou d’engins pratiquant réellement une coupe de l’herbe et non pas son broyage.

D’autre part, l’export de la matière organique. En laissant les résidus de coupe en place (mulching) on nuit à la germination des plantes annuelles et on enrichit progressivement le sol. Ceci a pour effet de modifier sa composition florale. Les plantes à fleur annuelles, peu exigeantes et à poussée lente, sont progressivement remplacées par des herbes à croissance plus vigoureuse, en règle générale peu mellifères et peu diversifiées (Erigerons, Amarantes, Chénopodes, Ronces, Orties…)

Ne plus faucher les aplats des bords de route…

Les britanniques considèrent les abords routiers comme des réserves de biodiversité et, à ce titre, font des expérimentations. Parmi celles-ci, ils ont évalué l’impact de l’absence de fauche des aplats au bord de la chaussée avant l’automne. Ils ont constaté deux choses importantes :

  • l’herbe qui pousse au bord de la route gêne nullement la visibilité, car beaucoup plus basse que le regard des automobilistes,
  • l’impact visuel de l’herbe haute au bord de la chaussée incite les conducteurs à ralentir et entraîne une réduction les accidents.

Comme quoi, l’idée toute faite qu’il faut raser les talus pour des questions de sécurité routière est une fausse idée et que nous aurions tout intérêt à changer radicalement notre regard sur ce sujet !

Daniel Forest, “agent de maîtrise voirie”,  expérimente le fauchage tardif et raisonné depuis plus de 7 ans sur Vauxrenard,

Daniel Mathieu, botaniste et naturaliste, réalise les inventaires de la flore et de la faune sur le village depuis de nombreuses années.