Chaos rocheux des « Pierres »

Chaos rocheux, lieu-dit « Les pierres », à Vauxrenard

Au dessus de la maison dite « des Pierres », en prenant le chemin des Micholons, se trouve un amoncellent de rochers, plus ou moins arrondis, qui semblent avoir été entassés là en grand nombre par on ne sait quel géant…

Un peu de technique géologique…

Ce chaos s’est mis en place dans une formation sous-saturée (= à teneur limitée en silice), donc non granitique, mais plutôt d’affinité dioritique (chimisme intermédiaire à basique, qui s’éloigne de celle siliceuse saturée du granite), métamorphisée, probablement d’affinité océanique ou para-océanique. Les roches d’origine sont essentiellement des roches magmatiques et pourraient donc être effectivement en grande partie d’anciennes roches volcaniques, de type andésite (contexte de subduction) ou de type basalte (divers contextes océaniques ou para-océaniques possibles). Certains auteurs ont noté la parenté de ce complexe de roches avec la célèbre « série de la Brévenne », située plus au sud, dont on sait aujourd’hui qu’elle provient surtout d’un magmatisme basique et basaltique d’arrière-arc (= déchirure continentale, ou rift, qui tend à évoluer vers le contexte océanique, sans y parvenir – le mot « arrière » signifie qu’une vaste zone de subduction impliquant une plaque océanique existait alors pas loin, du moins à l’échelle des plaques tectoniques).

Quelques idées sur la genèse de ce chaos

Le chaos de Vauxrenard n’est pas le seul chaos de roches vertes (qui « bleuissent » sous l’effet de altération) visible en Beaujolais. Des chaos similaires, formés de roches de même tendance pétrographique, existent au sommet du Brouilly, dans les hauteurs de Quincié et de Marchampt (notamment entre le col de la Croix Marchampt et le col de la Croix Rosier) et, surtout, entre Monsols et St-Igny-de-Vers, autour du col de Champ-Juin (carrefour D43-D52). Dans tous ces endroits, le paysage est plus ou moins le même, toujours aussi étonnant : des blocs, parfois énormes, jonchent le sol, apparemment déconnectés du substratum rocheux, comme s’ils avaient été extraits du sous-sol et déposés là. Il s’agit d’une véritable curiosité géologique, pas toujours bien connue, à verser à l’inventaire des curiosités géologiques du Geopark. Un bon photographe ferait sans doute des merveilles là-dedans !

Quant au mode de formation de ces amas ou blocs dispersés, je ne suis pas sûr d’avoir une explication consensuelle sous la main. Il est clair, pour l’avoir constaté, que le contexte climatique péri-glaciaire (alternance gel-dégel de nombreuses fois répétée), sévissant un peu avant, pendant ou un peu après les périodes glaciaires, a joué un rôle important dans le dégagement et l’extraction, apparemment mécanique, des blocs. Ce qui distinguerait ce processus de formation de celui, avant tout chimique, des chaos granitiques. Ce qui semble pouvoir être également noté, c’est que ces chaos naissent plus ou moins systématiquement dans le même type de roches (dioritiques et microdioritiques). Il y aurait donc semble-t-il un lien particulier entre la nature de la roche et son débit en blocs et chaos. Je ne connais pas d’étude sur le sujet en Beaujolais, j’aimerais bien m’y consacrer un jour, notamment pour apporter au Geopark une curiosité géologique supplémentaire. Affaire à suivre !

Des légendes…

Dans une publication de la Société Linnéenne de Lyon datant de 1893, l’historien spécialiste du Beaujolais, Pierre Marius Savoye (1856-1090), nous raconte « Les pierres à légendes de la commune de Vauxrenard« …

Dans cet article il nous compte sa version de la légende de la Pierre de Saint Martin et de celle des Pierres des Fayules, autrement dit du chaos rocheux des Pierres.

Bruno Rousselle, décembre 2018