De Vallis Regnardi à Vauxrenard

Vauxrenrad, le centre du village aux environs de 1900

Vallis Regnardi (la vallée du Sieur Regnard) ainsi nommé dans le terrier (recencement des terres) de Messieurs les nobles Prévost et Chanoines du chapitre de Saint-Pierre de Mâcon en 1456, puis Vaulx Regnard sur les registres paroissiaux datant de 1632, Vauxrenard tire son histoire du moyen âge avec comme première véritable consécration la construction de son église romane au XIéme siècle par les moines de Cluny, grands défricheurs de montagnes, puis par son élévation au titre d’archiprêtre du diocèse de Mâcon en 1513.

Vauxrenard fut marqué par un passé historique relativement complexe, à la frontière entre les deux états toujours en affrontement du Lyonnais et du Mâconnais. La présence de ses six fiefs (habitations et domaines nobles tenus par les vassaux du seigneur) : Salagny, Les Chézeaux, La Roche, Laissus, Les Bourrons, et La Brosse ainsi que son château du Thil, datant de la fin du moyen âge témoignent également d’une structure complexe de la propriété féodale. Cette seigneurie rendait justice et affermait la totalité des terres de la paroisse ainsi qu’une partie de celles d’Émeringes en prélevant « cens et servis » à une population paysanne pauvre, toujours en quête de passe-droits pour atténuer le poids de ces servitudes.

En dépit de cette situation complexe la population de Vauxrenard est restée relativement stable durant plusieurs centaines d’années et ce, jusqu’à la fin du siècle dernier avec un millier d’habitants (deux cents « feux » recensés au XVIIéme siècle), malgré les épidémies, les guerres et les famines qui décimèrent le Beaujolais à différentes périodes de son histoire. Cette population vivait alors essentiellement de l’agriculture (seigle, avoine, sarrasin, puis blé et pommes de terre) et de l’élevage (volaille, chèvres, vaches, moutons, porcs). La nature relativement ingrate du sol nourrissait difficilement ce millier d’habitants comme en attestent les très longues listes d’indigents établies au cours du XVIIéme siècle, ainsi que l’importance et le rôle du bureau de bienfaisance créé après la révolution.

La vigne est d’implantation très ancienne. Il est question, dans le cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, datant de 878, d’une vigne sise à Vauxrenard au lieu-dit « Bouzon » (vraisemblablement « les Bourrons »). Mais ce n’est qu’à la fin du siècle dernier que la vigne acquerra ses lettres de noblesse et jouera son rôle économique majeur au détriment des cultures vivrières et de l’élevage : 93 ha de vigne en 1827, 200 en 1862, 312 en 1909 et 230 en 1971. Notons à ce sujet le rôle important joué au siècle dernier par le Vicomte de Saint-Trivier, châtelain du Thil. Propriétaire de 440 ha – dont plus de 60 ha de vignes, exploités par 23 vignerons et fermiers. Il introduisit de nouvelles techniques de culture à Vauxrenard qui transformèrent la façon de travailler : la faux, le sécateur, les charrois tous les 60 à 80 mètres, le pressoir à vis, la charrue tourne-oreille et l’utilisation du cheval pour labourer.

En 1818 le recensement de la commune donnait pour 1016 habitants

  • hommes mariés : 122
  • femmes mariées  : 122
  • hommes veufs ou célibataires : 26
  •  femmes veuves ou célibataires : 51
  • enfants mâles : 278
  • enfants femelles : 278
  • domestiques, gens de maisons : 133
  • divers : 6

Évolution de la population de Vauxrenard de la Révolution à aujourd’hui

Le maire Delaroche Grobois mentionnait en marge du registre:

« … les propriétaires sont les plus riches, les autres habitants sont peu aisés ; en général les pauvres sont les plus nombreux au point que tous les ans il faut en soustraire de la cote mobilière et personnelle. » Notons également l’importance des enfants à cette époque, où ils représentaient plus de la moitié de la population (la majorité était à 23 ans) : 556 enfants pour 1016 habitants. Les rues du bourg et des hameaux devaient être drôlement animées !

Les commerçants et les artisans participaient eux aussi à la vie du village de façon importante. Ainsi ne dénombrait-on pas moins de six moulins sur la commune après la révolution et trente deux échoppes en 1899, vingt quatre en 1930, huit en 1971 et seulement un bistrot et un dépôt de pain en 1990.

Habitations au Bourg de Vauxrenard en 1821 et en 1985

Quant aux habitations, elles étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui peu nombreuses et de petite dimension. En comparant les deux relevés cadastraux du Bourg présentés ci-dessus, nous constatons qu’il y avait environ deux fois moins de surface construite en 1821 qu’en 1985 pour une population pratiquement trois fois plus nombreuse. Bien qu’il n’y ait à cette époque aucune résidence secondaire et peu de maisons inhabitées, c’est tout de même à ce demander comment tout le monde pouvait se loger !

Ainsi pourrait-on résumer ce bref raccourci historique en constatant les changements décisifs intervenus au cours de ce XXème siècle : importante diminution de la population qui passe de 1000 habitant au début XIXème siécle à environ 300 de nos jours et des surfaces cultivées au profit des bois et forte croissance du niveau de vie liée à la culture de la vigne.

Si le visage de Vauxrenard n’a que très lentement évolué au cours des siècles antérieurs, il semble qu’aujourd’hui les choses se précipitent pour donner à la commune une physionomie bien différente de celle de jadis sans que nous puissions toujours en apprécier le rythme et le devenir, avec notamment une très forte décroissance de la surface plantée en vigne, et bien sûr la diminution du nombre de vignerons…

Daniel Mathieu, 1997